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Le Horla de Maupassant : analyse de l’oeuvre

Romancier de la seconde moitié du XIXe s., Maupassant est connu pour avoir fondé avec Zola et les écrivains du groupe de Médan le mouvement littéraire du Naturalisme, qui pousse à l’excès les exigences du Réalisme. Bel Ami et Boule de Suif sont des œuvres caractéristiques de la veine naturaliste de l’écrivain. Néanmoins, Maupassant a également composé des nouvelles fantastiques dont la plus célèbre est Le Horla.

Le fantastique dans Le Horla

On parle de fantastique en littérature dès lors qu’il y a irruption de l’irrationnel dans un cadre réaliste. C’est ce qui se produit dans Le Horla. Les repères de temps et d’espace situent clairement l’action de la nouvelle dans un environnement concret qui rappelle le XIXe s. finissant, c’est-à-dire le moment de l’écriture dont l’histoire racontée est contemporaine. Le personnage-narrateur tente en vain de développer une approche rationnelle, caractéristique du positivisme, face aux apparitions mystérieuses qui le hantent.

L’autre caractéristique de la tonalité fantastique réside dans la double explication qui laisse place au doute. L’écrivain ne fournit pas d’explication unique des faits, mais laisse le lecteur décider. Les événements relèvent-ils d’une explication rationnelle ou surnaturelle? La nouvelle ne tranche pas. Il est possible de considérer que le narrateur est effectivement l’objet d’une stratégie de persécution de la part d’un être surnaturel ; mais on peut tout aussi bien comprendre qu’il est frappé de folie.

C’est du choc entre réel et surnaturel que les récits fantastiques du XIXe s. comme Le Horla tirent l’essentiel de leur force. La nouvelle de Maupassant constitue une indéniable réussite du genre et marque à ce titre l’histoire de la littérature fantastique d’une part, de la littérature en général d’autre part.

Les choix formels de Guy de Maupassant

Le Horla est une nouvelle, c’est-à-dire un récit court qui se présente comme un roman en miniature. Mais Maupassant a développé dans Le Horla d’autres choix de forme qui contribuent à la force de son récit.

La taille réduite de la nouvelle est ici un atout, puisqu’elle va de pair avec un centrage sur le personnage-narrateur. L’oeuvre se présente comme un journal intime. Ce choix formel assume pleinement la subjectivité narrative et contribue par conséquent à l’instauration de la tonalité fantastique.

Coupes et ruptures temporelles révèlent la désagrégation de la notion de temps et sont autant de marques inscrites dans le texte du désarroi du personnage confronté aux apparitions de l’être mystérieux qu’il appelle le Horla. De plus, la progression temporelle clairement indiquée par les dates du journal intensifie la tension jusqu’au crescendo du récit, qui s’achève sur la perspective du suicide.

La forme du faux journal intime permet aussi à l’écrivain de montrer comment son protagoniste développe une démarche pseudo-scientifique d’appréhension des faits, tout en évoluant progressivement vers la folie, à travers les obsessions de meurtre et de suicide.

Quelle est la signification de l’oeuvre ?

Le fantastique se développe au XIXe s. comme une réponse à un monde ultra réaliste et rationnalisé. Raison, logique, ordre et approche scientifique du réel ne semblent pas suffire à tout expliquer : l’homme n’est pas qu’une suite de phénomènes physiologiques. Il n’est pas même ce qu’il paraît être. Les récits fantastiques de la littérature victorienne, en Angleterre, comme le célèbre Docteur Jekyll et Mister Hyde, de Stevenson, explorent la dualité de la nature humaine et la thématique du double.

Le XIXe s. positiviste craint les manifestations de l’irrationnel et de la folie, que le fantastique se donne pour tâche d’explorer. On peut ainsi comprendre Le Horla comme un récit au jour le jour d’un homme qui sombre dans la folie. La nouvelle explore aussi le thème du double, le Horla pouvant être interprété comme le pendant irrationnel du narrateur, porteur des pulsions nocturnes et suicidaires que le protagoniste ne peut réellement assumer au grand jour dans un cadre social étriqué.

Echos biographiques

La fascination qu’exerce sur le lecteur un récit comme Le Horla provient en grande partie des interrogations que pose le texte, mais sans jamais y répondre. Il s’agit de plonger pour s’y perdre dans les mystères de la psyché humaine, à l’orée de l    Main Page    155291284a psychanalyse.

Le Horla peut donc être lu comme un défouloir ou la revanche de l’écrivain naturaliste sur le réel qu’il s’efforce par ailleurs d’explorer dans ses romans. D’ailleurs, dès la Préface de Pierre et Jean, Maupassant affirmait les limites du réalisme littéraire et son nécessaire dépassement. Son collègue Zola, l’écrivain naturaliste par excellence, dépasse aussi les frontières du réel dans nombre de ses romans les plus connus, en transfigurant un quotidien sordide par le recours aux images et aux figures mythiques.

Chez Maupassant, l’intrusion de l’irrationnel révèle des parallèles troublants avec la biographie de l’auteur. Ainsi, l’écrivain souffrait de syphilis, une maladie dont il est d’ailleurs mort, et les crises occasionnaient d’insupportables migraines qui manquaient de le faire sombrer dans la folie.

Monument de la littérature fantastique française, Le Horla offre donc aussi une incursion troublante dans la psyché de son auteur.

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